Pauline Vaillancourt réalise un autre tour de force

By Claude Gingras in La Presse (Canada), May 18, 1995
Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, on reste bouche bée devant la virtuosité et le contrôle de l’interprète. Le seul fait de mémoriser ce texte était un tour de force.

Un enregistrement que réalisa Pauline Vaillancourt d’extraits des Canti del Capricorno, de Giacinto Scelsi, nous apportait des cris primitifs et même troublants, assez proches de ceux d’un animal. Le capricorne prend vie dans le nouveau one-woman show de la vocaliste. Très grossi, le coléoptère pourvu d’ailes protectrices et de longues antennes connaît devant nous sa pleine métamorphose: il sort de sa carapace et devient femme, sur un solo de saxophone.

En accord avec le sujet, tout ici est couleur de chair: le costume indescriptible et les murs parfois animés de projections stroboscopiques.

Pendant exactement 55 minutes non-stop, Pauline Vaillancourt fait très lentement le tour de la scène, répète inlassablement le même geste à peine modifié et fait entendre tous les bruits imaginables, depuis des râlements de bête sauvage jusqu’aux roucoulements d’une femme qu’on chatouille, tout en laissant tomber un à un les éléments du costume pour retour nue (enfin, en collant) dans sa balançoire.

Le spectacle produirait un plus grand effet encore s’il se terminait sur cette image. Car, dans le noir, on devine la silhouette de la performer qui se dirige vers l’avant-scène pour saluer. Les projections sur grand écran sont trop nombreuses et souvent ne disent rien. Ce sont mes seules réserves.

Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, on reste bouche bée devant la virtuosité et le contrôle de l’interprète. Le seul fait de mémoriser ce texte (car je suppose que Pauline Vaillancourt est fidèle à la partition) était un tour de force. Refaire le numéro dix soirs en sera un autre.

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