Critique

By Michel Handfield in Societas Criticus (Canada), May 8, 2017
… stylisé et symbolique; voir minimaliste, puisqu’à une seule voix. Mais, une belle voix qui fait passer l’émotion.

On sent un gout de vivre en même temps qu’un poids de la vie chez Frida Kahlo, car elle a livré une dure bataille tout au long de sa vie non seulement pour vivre, mais pour survivre. En effet, elle souffrait «de poliomyélite depuis l’âge de six ans» (1) et fut victime d’un accident de bus et de tramway vers l’âge de 18 ans, où «son abdomen et sa cavité pelvienne sont transpercés par une barre de métal». (2) Elle en gardera des séquelles et subira de nombreuses opérations.

«Frida sera [aussi] contrainte de porter durant neuf longs mois des corsets en plâtre. C’est alors qu’elle commence à peindre. Pour l’aider, ses proches placent un baldaquin au-dessus de son lit avec un miroir pour ciel. Elle peut ainsi se servir de son reflet comme modèle, ce qui est probablement l’élément déclencheur de la longue série d’autoportraits qu’elle réalisera.» (3)

On perçoit très bien la fatigue intérieure qui la gagne avec le temps. De là à se demander si elle a abandonné le combat, il n’y a qu’un pas. Mais, elle aimait pourtant la vie. Sauf que sa vie en était-elle encore une pour elle, de plus en plus dégradée par la maladie? Les hypothèses sont donc ouvertes à ce sujet. Comme on le dit dans Wikipédia:

«Affaiblie par une grave pneumonie, Frida Kahlo meurt dans la nuit du 13 juillet 1954, sept jours après son quarante-septième anniversaire, officiellement d’une embolie pulmonaire. Cependant, selon Hayden Herrera, les derniers mots de son journal («J’espère que la sortie sera joyeuse… et j’espère bien ne jamais revenir — Frida» (4a)) et son dernier dessin suggèrent qu’elle se serait suicidée (4b); il affirme d’ailleurs qu’une minorité de ses amis a cru que sa mort était due à une overdose de médicaments qui n’était peut-être pas accidentelle (4c). Toutefois, en travers de son dernier tableau, peint juste avant de mourir, elle a écrit: «Viva la Vida» («Vive la Vie»).» (4)

Ce sont là des scènes que l’on voit dans cet opéra, mais ça aide de connaitre un peu son histoire, car cet opéra est stylisé et symbolique; voir minimaliste, puisqu’à une seule voix. Mais, une belle voix qui fait passer l’émotion.

Si on ne connait pas un peu cette histoire, on peut passer à côté de points essentiels. Ça n’enlève pas à la qualité de l’opéra et de l’interprétation, mais ça aide à comprendre, même si dans certaines parties de cette œuvre la vitesse du chant est davantage près du débit de la parole pour que l’on en comprenne l’essentiel. Une très bonne idée d’ailleurs.

Par chance, l’on peut toujours se reprendre par la suite, que ce soit en lisant sur «Wikipédia» ou en regardant l’excellent film «Frida» de Julie Taymor (5), sorti en 2002, et basé sur la biographie qu’Hayden Herrera en a faite. (voir note 4).

Stéphanie Lessard joue très bien le rôle. Les chanteuses d’opéra — et les chanteurs aussi — de la nouvelle génération ne sont plus que des voix, mais doivent bien maitriser l’art de jouer, car l’opéra se rapproche de plus en plus du théâtre. Inversement, le théâtre se rapproche lui aussi de plus en plus du chant avec les comédies musicales qui reviennent à la mode. Je le remarquais parfois à l’Opéra de Montréal comme au TNM. Viendra-t-il un jour où il y aura des pièces-opéras où des parties seront jouées de façon théâtrale, mais les grands airs connus et attendus chantés? Car, tous les airs n’ont pas la même importance dans les opéras et parfois c’est le texte qui devrait primer sur le chant, on peut le dire. La même chose est vraie au théâtre ou au cinéma musical, où parfois trop de chants c’est comme pas assez! Certains dialogues ne se prêtent pas toujours au chant et semblent forcés; voir artificiels! Moi, ça me fait même décrocher parfois. Un jour, aurons-nous un mariage heureux entre les deux versions, la théâtrale et l’opératique? Je crois que ce serait à essayer pour certaines pièces qui sont aussi des opéras connus et vice versa.

Moi, le côté théâtral de cet opéra, je l’ai aimé et c’est même ce qui m’a conduit à faire ce commentaire plus général et qui ne s’adressait pas à cet opéra en particulier. Au contraire même, car il montre une ouverture sur l’importance de certains dialogues qui doivent être mieux saisit par les spectateurs en utilisant parfois un rythme plus près de la parole que du lyrisme chanté. Vraiment un plus, je le dis, dans la compréhension. En fait, je verrais très bien un auteur de théâtre reprendre le tout, avec l’histoire de Frida, pour en faire une nouvelle œuvre intégrant des parties de cet opéra en une nouvelle version de théâtre-opéra plus longue, avec des comédiens et cette interprète au moins. Je crois que ça pourrait tenir l’affiche d’un théâtre montréalais en été par exemple, car s’il y a du théâtre d’été en région, les théâtres montréalais doivent aussi proposer des choses différentes en cette période de l’année. C’en serait une à essayer, je crois, car cette œuvre mériterait d’être vue davantage que trois jours après 20 ans! (Rappelons qu’elle fut montée pour la première fois en 1997!)

1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Frida_Kahlo

2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Frida_Kahlo#Enfance

3. Ibid.

4. https://fr.wikipedia.org/wiki/Frida_Kahlo#Une_fin_difficile

a. Hayden Herrera (trad. Philippe Beaudoin), Frida, biographie de Frida Kahlo, Paris, Librairie générale française, coll. «Le Livre de Poche», 2003, 730 p. (ISBN 2-2531-4573-4), p. 431.
b. Ibid.,p. 431
c. Ibid., p. 431

Le film est justement basé sur cette biographie.

5. https://fr.wikipedia.org/wiki/Frida_ (film)
http://www.imdb.com/title/tt0120679/

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