Critique

By Claudine Jacques in L’Opéra (Canada), November 15, 2017
Il est de ces soirées dont on ne sort pas entièrement indemnes, tant la portée du discours musical est forte. L’engagement de la mezzo-soprano Marie-Annick Béliveau, accompagnée par Jean Derome au saxophone, envers ces Love Songs est absolu: en 50 minutes très intenses, nous passons par toute la gamme des émotions.

Il est de ces soirées dont on ne sort pas entièrement indemnes, tant la portée du discours musical est forte. L’engagement de la mezzo-soprano Marie-Annick Béliveau, accompagnée par Jean Derome au saxophone, envers ces Love Songs est absolu: en 50 minutes très intenses, nous passons par toute la gamme des émotions.

L’œuvre de Sokolović, en 16 mouvements répartis sur trois sections, est issue d’un concept fort simple: la répétition des mots «je t’aime», en plus de 100 langues différentes, présentées par ordre alphabétique. On pourrait croire que le procédé deviendrait lassant: or, l’auditeur découvre avec fascination les différentes nuances comprises dans ces simples mots, nuances provenant des subtilités des langues elles-mêmes. Le défi pour l’interprète d’en rendre avec justesse les multiples inflexions s’avère colossal!

L’amour, thème aux nombreuses facettes, est inépuisable. Les deux premières sections sont plutôt intérieures, et donnent l’impression d’une succession de personnages divers, sans que l’on sache trop à quel moment précisément on passe de l’un à l’autre. La troisième section nous entraîne dans un autre monde, explorant un aspect davantage théâtral. Le saxophone répond à la soliste, se faisant tour à tour son compagnon, son complice, l’objet de son désir.

Au plan vocal, l’œuvre fait appel à toutes les dimensions de la voix humaine: chantée, parlée, chuchotée, aspirée, incluant claquements de langue et fredonnements. Des techniques de chant non-conventionnelles révèlent les capacités techniques considérables de la soliste. Au plan stylistique, la musique sort du contexte purement classique, avec des accents rappelant à certains moments le jazz et la musique populaire. Certains poèmes y sont intercalés: «You Tell Me Your Dream, I’ll Tell You Mine» est certainement l’un des moments forts de l’œuvre.

Excellente comédienne, Marie-Annick bouge sur scène, se déplace, nous fixe, devient pensive, ferme les yeux, se met à genoux… gestes parfois anodins mais qui deviennent ici lourds de sens. Par décor très épuré et une simple robe noire de l’interprète l’essence même des choses est révélée. Pas question ici, donc, de verser dans l’excès: l’emphase est entièrement sur l’émotion, sur le vrai, sur le contact avec le public qui est là, qui observe, qui s’engouffre presque malgré lui dans ce maelström d’émotions. Cette femme, c’est une mère, une fille, une épouse, une sœur… c’est nous-même, au fond.

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