Critique

Par Lucie Renaud in lucierenaud.blogspot (Canada), 17 mai 2012
Un voyage que j’aurais voulu voir se poursuivre […]

«Le vrai voyageur, c’est celui qui jamais ne tente de revenir en arrière.» Cette citation de Jacques Renaud me semble définir l’essence même du road opera Alexandra, que l’on songe à la vie de l’exploratrice Alexandra David-Néel, au traitement musical de Zack Settel, au travail des interprètes et à la mise en scène de Pauline Vaillancourt, mais surtout à cette impression que, à la sortie de la représentation, nous ne sommes pas entièrement les mêmes, sans être entièrement autres.

En une heure qui semble passer à la vitesse de l’éclair, on devient témoin mais aussi partie prenante — sherpa peut-être? — de cette histoire de dépassement, de volonté de découverte, de coup de foudre pour un pays, un peuple. Grâce à un traitement musical de Settel volontairement modal, très accessible, jouant essentiellement sur les couleurs et les atmosphères, la trame narrative se déploie dans un ailleurs, mais surtout vers l’intérieur, entre fragilité (troublantes mélopées a capella de Jessica Wise) et volonté (ancrage des cors tibétains, chœur d’hommes). Les percussions, prolongement du battement cardiaque, deviennent deuxième narrateur autant que les projections raffinées de Jean Décarie. (Ce «lever de soleil» en montagne, révélé à touches impressionnistes, restera dans ma mémoire.) Le contrepoint entre pulsation rythmique et arabesques lyriques permet d’esquisser un parallèle entre l’effervescence du monde extérieur et l’ancrage plus intemporel du monde intérieur.

Un voyage que j’aurais voulu voir se poursuivre, à travers d’autres fragments du journal de David-Néel […].

Page presse@9069 générée par litk 0.600 le jeudi 28 septembre 2017. Conception et mise à jour: DIM.