Critique

Par Dominique Olivier in Voir (Canada), 22 décembre 1995
La puissance et l’intelligence scénique de Pauline Vaillancourt, tout autant que son talent vocal, sont à l’origine de la réussite de cette production…

Pauline Vaillancourt nous a révélé cette année de nouvelles possibilités, de nouvelles facettes de son immense talent de «chantactrice». En se mesurant à une œuvre aussi hermétique que les Chants du Capricorne de Giacinto Scelsi, la soprano relevait un défi immense. Non seulement fallait-il rendre musicales les onomatopées utilisées par le compositeur, mais il fallait aussi leur donner un sens. Qu’à cela ne tienne. Déployant tous ses talents, Pauline Vaillancourt assumait, dans ce spectacle présenté au Musée d’art contemporain de Montréal en mai dernier, à la fois l’aspect interprétatif et la mise en scène. La compagnie lyrique de création Chants Libres, fondée par la chanteuse il y a quelques saisons déjà, avait présenté jusqu’ici plusieurs œuvres lyriques contemporaines dans des mises en scène de Joseph Sant-Gelais et de Guy Beausoleil, entre autres. Cette fois-ci, les apports «extérieurs» étaient ceux du scénographe et costumier Massimo Guerrera, du vidéaste Michel Giroux et de l’éclairagiste Louis-Philippe Demers.

Seule en scène, l’interprète nous livrait le message dégagé de l’œuvre par sa vision de metteure en scène: celui d’un être sans défense et en constante mutation, évoluant de la naissance à la mort dans un dépouillement extrême. Les émotions rendues par le «personnage» de Vaillancourt/Scelsi sont primitives: joie, plaisir, angoisse, terreur. Les onomatopées, ainsi chargées de sens, devenaient expression pure, communication non verbale. La puissance et l’intelligence scénique de Pauline Vaillancourt, tout autant que son talent vocal, sont à l’origine de la réussite de cette production de la compagnie Chants Libres qui, espérons-le, pourra continuer son œuvre de pionnière.

D’autre part, la soprano québécoise donnait deux mois auparavant, avec le Nouvel Ensemble Moderne, une interprétation magistrale d’une des grandes œuvres du XXe siècle: le Pierrot lunaire d’Arnold Schoenberg. Ayant occupé toute la seconde partie du concert du NEM intitulé Visages de Vienne, l’œuvre est une sorte de mélodrame qui met en scène un personnage de Pierrot pour le moins inquiétant. L’usage du parler-chanter, une innovation pour l’époque semlbait tout naturel à notre interprète qui a de plus fait vivre son Pierrot dans l’espace, grâce aux indications scéniques de Gabriel Charpentier. Perfectionniste, Pauline Vaillancourt n’aborde jamais une œuvre sans s’y donner corps et âme…

Page presse@9082 générée par litk 0.600 le jeudi 28 septembre 2017. Conception et mise à jour: DIM.