Diffusion sur les ondes de Radio-Canada — 8 septembre, 1997 — Navire Night
J’ai découvert l’univers de Frida Kahlo non par ses peintures impressionnantes (marquée par la souffrance, elle a su faire de sa vie une vie d’exception et nous a légué ses peintures) mais par l’intimité du Journal qu’elle a tenu dans les dernières années de sa vie. À l’intérieur de ses textes nous découvrons son cœur, ses sens, son âme.
L’étrange destin de cette femme m’a amenée à réfléchir à l’influence de la fatalité
sur la trajectoire d’une vie, à ce que deviennent les enfants marqués par la guerre, la
bêtise, les malformations, la cruauté… j’ai laissé l’univers de Frida
Kahlo m’influencer jusqu’à la transposition.
Ce que vous verrez ce soir n’est pas la vie de celle-ci mais son transfert dans une tout
autre vie. La musique de Jean Piché, les couleurs d’Anita Pantin, l’adaptation de Yan Muckle vous
transporteront je l’espère dans le monde bien particulier d’une enfant devenue adulte,
subissant un dur destin et qui, à l’image de Frida, parcourt sa vie avec un regard autre,
celui de la ténacité et du courage.
J’ai d’abord hésité lorsque Pauline Vaillancourt m’a demandé
de lui écrire cette musique, pour plusieurs raisons. L’inexpérience en était une. Je
n’avais jamais en presque 25 ans de métier, écrit pour la voix. L’opéra était pour moi
jusqu’à ce jour une discipline inexplicablement lointaine. Prudemment, je m’en suis
approché.
Khalo s’est révélée à moi comme une femme publique, politique et
une artiste d’un talent prodigieux. Les images précises qu’elle nous a laissées sont
comme des portes sur un imaginaire où la vis de la souffrance physique et émotive définit
à la fois la plastique et le sentiment. J’ai retenu de ses écrits poétiques et
anecdotiques la permanence de la volonté, le courage de l’existence et le dévouement à
une vision artistique physiquement exigeante.
La vision dramatique de Pauline Vaillancourt était d’une
singulière et tranchante mise au point. Sur ce territoire nouveau pour moi, j’ai voulu
tracer une musique directe et sans retenue. Une musique qui devait avant tout chanter, et
non crier, une souffrance assumée et finalement absurde. Souffrance dont j’ignore tout.
Je n’ai rien regardé. Je n’ai rien empêché.
Ma pratique musicale est l’électroacoustique. Contrairement, ou en complément à la
pratique pure, mes musiques comportent souvent des référents de hauteur harmonique et du
matériel mélodique codé. C’est une pratique qui, par elle-même impure, cherche dans son
exploration technologique les outils d’une expression dramatique transparente. La
«vérité» des relations acoustiques m’a toujours séduit. Mais c’est un pari musical
difficile, un colporteur glissant mais incontournable de l’émotion brute, un conduit
direct de la chose musicale. En dissidence, je poursuis cette quête d’une mystique encore
imprécise.
Nota bene: Des extraits des Récitations de Georges Aperghis, interprétés par Pauline Vaillancourt, ainsi que des chants traditionnels indiens de l’île de la Réunion, d’une durée totale de quinze secondes ont été utilisés dans l’élaboration du tableau 8. Les matériaux vocaux de la bande sont tirés de manipulations spectrales de la voix de Pauline Vaillancourt et de synthèses vocales pures.
prod@yosoy générée par litk 0.560 le lundi 8 mars 2010.
Conception et mise à jour: DIM.